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Review by Gérard Henry in Paroles Magazine,
No 188, mai/juin
2003 on echolocation
echolocation de Mani Rao. Recueil de Poésie. En langue anglaise. A sortir prochainement chez Chameleon Press, Hong Kong.
Mani Rao, poète, est un être de la nuit, un être à la chair déchirée, à la bouche assoiffée. Son monde est celui des lisières, lisières entre la nuit et l’aube, lorsque le corps se rétracte à la peur du jour, lisières entre la vie et la mort, là ou se déploient tout un monde de fantômes et d’âmes en peine. Mani Rao a publié précédemment à Hong Kong trois recueils de poésie Living Shadows, The Last Beach et Salt. Dans cette œuvre qui apparaît comme une quête assoiffée de la vie, on retrouve des thèmes récurrents comme celui du dédoublement, de l’identité multiple, ´ Je me rassemble quelquefois, un hall de miroirs, jurant différentes histoires, jouant au tu-sais-que-je-sais-que-tu-sais-que-je-sais.'
Ses phrases sont courtes, ses mots percutant s’entrechoquent entre eux, créant des étincelles ´Le démon et le chien tournoient dans l’espace, les couteaux sont tirés, étincelants, et la honte '. Dans un monde où la mort, la vieillesse et la décomposition des corps menace sans cesse, l’esprit et le corps sont dans son œuvre toujours rivés l’un à l’autre. ´ A nouveau rangés en lignes parallèles, mes pieds nus sont face à la porte, accueillant les chemins de fer du temps et de l’espace./ Mais la mort n’est pas intéressée quand je le suis./ Je m’éveille comme un danseur en position répétée, familière. Le batelier s’est évanoui laissant les avirons et je me dilate dans mes chaussures, vêtements, stylo.'.
Le temps, ennemi mortel del’espèce humaine est embusqué, toujours présent dans nos mémoires: ´Les jours éclosent tout autour tu nourris leurs bouches pressées. Les années s’ouvrent comme des portes, une par une, elles se ferment derrière toi ; certaines doucement, certaines avec fracas./ Le glacier du menton fond sur la pente de la mâchoire. Longs seins poches vides. La peau sous l’eau. / Non amarrée, tu te jettes en deux directions opposées. Ton esprit s’accélère, un sifflet, tu ne prêtes attention à rien ; le plus beau crash de ton corps, je le vois venir'.